Morganebib

lectures

 

Seul le silence 3 février, 2010

Enregistré dans : J'aime beaucoup — morganebib @ 22:09

 

Titre : Seul le silence

Auteur : R. J. Ellory

Une critique pour le site du Livre de poche … Un quasi homonyme de James Ellroy dont on parle pas mal en ce moment, espérons pour lui que ça lui porte chance ;-)

Joseph, enfant de l'Amérique profonde des années 30, vient de perdre son père et tente de grandir tant bien que mal entre sa mère, des amis de celle-ci et son institutrice. La vie du petit village est perturbée quand un tueur en série se met à semer la terreur en assassinant plusieurs petites filles avec une extrême violence. Le jour où il découvre le cadavre de l'une d'entre elle, la vie de Joseph bascule. Malgré le traumatisme, les années passent, les policiers se succèdent, les habitants déménagent, s'éteignent ou partent faire leur vie et oublient. Seul Joseph continue d'être hanté par les petites filles. Il tente de fuir vers New-York où l'attend un brillant avenir d'écrivain, mais son passé n'est jamais loin …

Un roman puissant et impressionnant. Ce livre est, pour reprendre l'expression de son héros “un grand roman américain”. Il traverse les décennies à travers une série d'évènements et de personnages marquants. Très bien construit, il alterne des périodes de félicité et d'horreur avec un rythme qui fait vite oublier les 600 pages. Bien plus qu'un roman policier, ce livre est le récit d'une vie, entre désir d'échapper au passé et cauchemar de l'éternel “Retour au pays”. Il est surtout le portrait d'un jeune homme complexe et attachant, psychologiquement malmené mais toujours lucide. Du village de Géorgie au Brooklyn des écrivains, en passant par l'horreur carcéral, chaque passage est livré avec une force et un style surprenants pour un premier roman.

 

 
 
 

Innocent 22 janvier, 2010

Enregistré dans : Pas mal — morganebib @ 16:53

Titre : Innocent

Auteur : Harlan Coben

L'histoire ? Euh, oui attends que je me souvienne … Un brave américain avec un douloureux passé et très amoureux voit son bel avenir menacé par un sms douteux et un cadavre de prostituée. Enfin un truc comme ça.

Harlan Coben : vite lu, vite oublié. J'en lis encore pour une seule raison : quand je dois prendre le train et que je n'ai rien à lire, j'ai le choix, au Relay, entre un livre à l'eau de rose aux couleurs chatoyantes, un énième inédit de Daniel Pennac, la sagesse selon Mathieu Ricard et enfin, un livre de Harlan Coben. Et je suis à peu près sûre que seul ce dernier ne m'obligera pas à m'arracher les cheuveux avant d'atteindre Saint-Brieuc. Celui là est loin d'être le meilleur, n'empêche, il m'a fait passer un bon moment.

 

 

La Nostalgie de Dieu 13 janvier, 2010

Enregistré dans : Coup de coeur — morganebib @ 17:00

 

J'avais déjà évoqué mon “marathon BD”, c'est le moment d'en dire un peu plus.

Ma bibliothèque est partenaire de l'association “On a marché sur la bulle” qui organise tous les ans un Prix du meilleur Premier Album, décerné par des élèves picards.

Cette année, nous aussi nous voulons élire notre “coup de coeur” de la sélection. Dans son délire, l'heureux gagnant verra sa félicité couronnée par, oh joie, un marque page “coup de coeur” à son nom, ce qui est pour nous la distinction ultime, notre légion d'honneur, celle après laquelle on peut mourrir satisfait et qui assure une pérennité infaillible pour des siècles et des siècles, puisqu'ici, en bonne bibliothèque patrimoniale qui se respecte, on ne jette rien, surtout par un marque page.

J'ajoute, avant de parler de mon premier coup de coeur, que ce que j'écris ici n'engage que moi et que je ne représente ni ma bibliothèque ni l'association.

Titre : La nostalgie de Dieu

Auteur : Marc Dubuisson

Sous forme de mini dialogues, un candidat au suicide parle avec Dieu … Et se rend compte qu'il n'a pas à faire un bienveillant papi, mais plutôt à un créateur désabusé et sans scrupules, cynique et las de s'occuper des petits problèmes des humains …  

La Nostalgie de Dieu est une vraie pépite. Chaque case est un bijou d'humour. Le thème de Dieu permet d'évoquer tous les sujets puisqu'il est, évidemment, universel. Ce qui me frappe c'est la cohérence entre le dessin et le propos : le manichéisme du noir et blanc opposé à toute cette remise en question impertinente et très drôle de la religion donne une bande dessinée cohérente, loin de la timidité d'une première publication.

 

 

 

 

Sheyanne 10 janvier, 2010

Enregistré dans : J'aime beaucoup — morganebib @ 13:38

Titre : Sheyanne

Auteur : Céline Le Petitcorps

Sheyanne est une jeune métisse qui vit aux Etats-Unis au XIXe siècle. Elle possède un don particulier qui lui permet de libérer les âmes des personnes tuées par la haine. Son don et la couleur de sa peau la condamnent à l'exclusion. Elle s'allie à une troupe de théâtre ambulante qui fait halte dans une ville minée par la haine raciale … Un village qui va changer sa vie.

L'histoire est portée par l'imaginaire de l'auteur qui enveloppe le lecteur et l'emmène dans un autre monde. En apparence simple, Sheyanne se révèle plus complexe et dense que prévu. On est surpris dès le deuxième chapitre par le développement de l'histoire et le lecteur est vite happé. Sheyanne se place dans la catégorie de romans ado comme ceux de Scott Westerfed : il réussit à passionner les petits et les gros lecteurs en misant sur une atmosphère haletante et une grande proximité avec les personnages. Il manque très peu de chose à ce roman pour être excellent : d'abord la relecture professionnelle d'un vrai éditeur qui permettrait de gommer les petites erreurs de langage (qui ne gâchent toutefois pas la lecture). Ensuite je regrette que les personnages ne soient pas plus développés, parce que, comme beaucoup de romans pour ado, ils permettent l'identification. Pour finir, j'espère que l'auteur trouvera un éditeur capable de déceler sont talent pour qu'il puisse s'épanouir, et si elle le trouve, vivement le prochain roman !

 

 
 
 

Le Fond de l’enfer 1 janvier, 2010

Enregistré dans : Bof — morganebib @ 22:21

Titre : Le Fond de l'enfer

Auteur : Ian Rankin

Livre offert par et critiqué pour les Editions du Livre de Poche …

 

Dans le quartier mal famé d'Edimbourg, un junkie est retrouvé mort dans un squat. Une histoire sordide mais bien ordinaire, qui met pourtant la puce à l'oreille de l'Inspecteur Rébus. D'abord il y a l'étrange mise en scène qui rappelle un rituel satanique. Ensuite il y a cette jeune femme paumée mais qui paraît si sûre d'elle : selon elle, son ami a été assassiné, il n'y a aucun doute. John Rébus sent bien qu'il ne s'agit pas d'une overdose de plus.

“Le Fond de l'enfer” nous plonge dans une histoire sinistre, où les personnages semblent tous avoir quelque chose à cacher. D'un fait divers lugubre, l'enquête évolue rapidement vers la sphère politique où les petites gens sont des pions dans les mains des puissants. La personnalité originale de l'inspecteur Rébus, qui, s'il peut se montrer coriace, témoigne parfois d'une grande sensibilité et d'une intuition rare, donne du piquant à une enquête oppressante où, définitivement, on ne peut faire confiance à personne.

 

 

A quand les bonnes nouvelles ? 16 décembre, 2009

Enregistré dans : Coup de coeur — morganebib @ 16:55

Titre : A quand les bonnes nouvelles ?

Auteur : Kate Atkinson

A six ans, Johanna Mason est la seule survivante du massacre de sa famille. Des années plus tard, Reggie travaille comme nounou chez le Dr Hunter, qui disparaît mystérieusement. L'ancien flic Jackson Brodie se trouve par erreur dans un train qui déraille et perd son identité. Louise, inspecteur chef, est à la recherche de David Needler et fait décidément tout pour saboter son mariage.

Il n'y a que Kate Atkinson pour réunir ces personnages si attachants dans le même livre et broder autour d'eux un suspense à couper au couteau, et raconter des histoires d'horreur avec l'humour dévastateur qu'on lui connaît. Reggie la gamine craquante illumine le roman de son intelligence vive ; Louise et Jackson peinent derrière elle en traînant leurs gueules cassés d'adulte en mal d'amour et Johanna Hunter devient peu à peu l'un des personnages les plus solides et les plus intéressants de l'oeuvre de Kate Atkinson, la plus intelligente des auteurs de polar contemporain.

 

 

Festin de miettes 29 novembre, 2009

Enregistré dans : Pas mal — morganebib @ 17:16

 

Titre : Festin de miettes

Auteur : Marine Bramly

Critique pour les éditions du Livre de Poche … En avant-première avant sa publication sur leur site internet !

Le narrateur de ce livre s'appelle Sophie. Cette jeune femme victime d'une enfance recluse et délaissée, au tempérament sage et prudent et que l'on s'imagine sans charisme, se révèle rapidement sujette à des passions mal maîtrisées. Elle est fascinée par son ancienne meilleure amie Deya, qui l'a repoussée sans raison à l'aube de l'âge adulte des années auparavant. Deya lui demande de revenir dans sa vie pour l'aider à retrouver sa mère, partie en Afrique et n'ayant plus jamais donné signe de vie.

Deya, jeune femme complexe, amante perturbée par l'image d'un père absent, négligente envers son fils, éparpillée et irresponsable, brille pourtant par son teint dorée et sa personnalité solaire. Elevée au grand air et dans le faste des hôtels de tourisme, elle achève de grandir sans repères dans la liberté d'une famille riche mais indifférente. Deya semble vainement rechercher un équilibre affectif, cultivant l'art de l'échec avec une rare insouciance.

Pour Sophie, revoir Deya réveille des pulsions à peine endormie dans un mariage sans amour. Leurs retrouvailles se transforment peu à peu en une épreuve de manipulation et d'aliénation, rythmée par les provocations et le mépris à peine dissimulé de Deya et les pulsions silencieuses mais violentes de Sophie. Victime d'une jalousie maladive, intestinale, élevée dans l'indifférence de sa famille et des institutions et sans une clé pour gérer la violence de ses sentiments, elle va échouer dans la quête de sa propre identité. Elle se reportera sur Deya, et travaillera à s'approprier tout ce qui fait de son amie une personne instable, mais saine et heureuse.

Des conséquences de ces retrouvailles, finalement tragiques, résulte un roman dérangeant mais haletant et débridé, sans tabou, qui creuse profondément dans les noirceurs du coeur humain pour qui l'amour peut devenir dévastateur. Sophie et Deya nous interrogent sur les limites de la folie et laissent dans l'esprit du lecteur l'empreinte douce-amère de leurs passions.

 

 
 
 

Trois femmes puissantes 10 novembre, 2009

Enregistré dans : Bof — morganebib @ 23:17

Titre : Trois femmes puissantes

Auteur : Marie N'Diaye

Donc ce roman a décroché le prix Goncourt (je dois avouer que c'est un peu sans surprise, il faut avoir un peu parcouru le presse ces dernières semaines pour savoir que Trois femmes puissantes est un coup de coeur national).

Je regrette de dire que j'ai été déçue. D'abord il y avait cette attente immense pour un livre loué unanimement ; et puis un sujet porteur et dont on attend aussi beaucoup, c'est à dire le portrait de trois femmes victimes mais fières, soumises mais intègres dans les difficultés. J'ai apprécié les premières scènes, ce père décrit avec finesse mais déjà sans beaucoup de cohérence. J'ai aussi été touchée par le portrait ultime, celui de Khadi Demba, malheureusment le mal était déjà fait, je courais vers la fin du livre gênée par l'écriture étouffante et sans respiration, par ce rythme bancal. Beaucoup de vocabulaire mais peu de structure. Je reconnais à l'auteur un talent de conteuse qui aurait sûrement eu un meilleur effet sur moi s'il avait été, justement, oral. Mais un Gallimard bavard, c'est pas nouveau, c'est même assez fatigant.

Si le roman m'a déçu le personnage public qu'incarne son auteur m'a déjà plus séduite : ayant quitté la France au lendemain de l'élection de N. Srkz, elle a tenu des propos plein d'une virulente sincérité à l'égard du gouvernement actuel. J'ai entendu ce midi dans l'Edition spéciale de Canal plus l'intervention choquante et imbécile d'un député UMP demandant à Marie Ndiaye de retirer ces propos, puisque dorénavant en tant que lauréate du prix Goncourt elle représente la France à l'étranger. Selon l'abruti, elle se doit de modérer ses propos envers un pays qui lui fait le grand honneur de lui attribuer son prix littéraire le plus prestigieux.

D'abord le prix Goncourt est prestigieux parce que les journalistes en ont décidé ainsi. Je constate que depuis qu'il existe, le prix Goncourt des lycéens récompense en général un meilleur livre que le « vrai » Goncourt. Et je ne parle pas du prix de l'Imaginaire. Avis aux amateurs.

Ensuite se voir décerné un prix n'implique pas que l'on représente son propre pays à l'étranger. Que dire de Elfriede Jelinek et de Jean-Marie Coetzee qui, à force de tant maudire leur propre pays, ont fini par obtenir le prix Nobel de littérature. [Edit : autre exemple : Camus en 57, selon Bernard Pivot interviewé aujourd'hui par le Nouvel Obs].

Enfin les artistes, écrivains, dramaturges, chansonniers, mimes de rue et autres saltimbanques ont, en France le statut privilégié dont jouissait déjà Voltaire et même Jean de la Fontaine qui est de pouvoir à peu près exprimer le fond de sa pensée politique sans avoir à craindre la peine de mort. C'est parce qu'au talent on a toujours offert la liberté d'expression que la littérature française est ce qu'elle est.

Bref, ce crétin de l'assemblée nationale m'a bien fait rire mais il n'est jamais inutile de remettre les points sur les i, on ne sait jamais, quelqu'un pourrait le prendre au sérieux. 

 

 

Google-moi 2 novembre, 2009

Enregistré dans : Inclassables — morganebib @ 20:45

 

Titre : Google-moi

Auteur : Barbara Cassin

C'est d'un point de vue philosophique que B. Cassin a choisi de traiter le sujet Google. Autant dire qu'elle nous offre une manière inédite de se représenter le plus célèbre des moteurs de recherche. Elle nous expose son analyse assez pointue et très bien référencée de la philosophie Google à partir d'une certains nombres d'informations peu connues sur la firme américaine. Google c'est d'abord un algorithme unique et secret qui appartient à l'Université de Stanford jusqu'en 2011 (après quoi l'entreprise Google aura la possibilité de le racheter). Mais Google c'est aussi une idéologie qui mêle étrangement la morale aux affaires, la meilleure illustration en est son slogan : “Don't be evil”, “Ne faites pas le mal” ou “ne soyez pas le Mal”, drôle de référence religieuse pour une firme à l'image jeune et branchée.

Ce slogan bancal, en utilisant la négative (au mieux comme un conseil d'ami, au pire comme une menace) s'adresse bizarrement à ses partenaires :

Editeurs ? ne vous opposez pas à la numérisation de vos catalogues ! Bibliothèques ? ne vous opposez pas à l'indexation de vos fonds ! Agences immobilières ? ne vous opposez pas à la géolocalisation de vos offres ! Utilisateurs de Gmail ? Ne vous opposez pas à l'archivage de vos mails (au passage, la limite légale minimum de conservation des mails par les serveurs est de un an, quant à la limite max je n'ai pas trouvé de référence …) Utilisateurs de réseaux sociaux ? ne vous opposez pas au référencement de vos twits, de vos statuts, de vos photos ! Simple quidam jardinier du dimanche ? Ne vous opposez pas à la publication d'une photo satellite vous représentant deshérbant autour de vos rosiers (c'est du quasi vécu) !  Clients de 23andme, “société de génétique personnelle” dirigée par la femme du cofondateur de Google ? Ne vous opposez donc pas à l'indexation et à la publication de votre génome par nos services … Difficile de refuser un service gratuit et de qualité, comme l'ont constaté nombres de grandes bibliothèques (ici la très innovante bibliothèque de Lyon).

De toute façon, qui pourrait refuser ? Ne pas exister sur Google, ce serait un suicide commercial, politique, sociale, culturel …

Allez, soyez sympa, Don't be evil.

 

 

L’homme qui ne savait pas dire non 6 octobre, 2009

Enregistré dans : Bof — morganebib @ 20:19

 

Titre : L'homme qui ne savait pas dire non

Auteur : Serge Joncour

Beaujour se retrouve dans l'incapacité de dire non, il en est incapable et ignore comment il a perdu ce mot. Son infortune est aggravée par le métier qu'il exerçait jusqu'alors : enquêteur dans un institut de sondage. Il doit donc développer une sorte de sixième sens pour se sortir des situations les plus délicates. (Gallimard)

Je dois avouer que j'ai bâclé la lecture des dernières pages pour en finir plus vite. Ce n'est pas que ce livre soit écrit sans talent, loin de là. En fait, j'ai eu l'impression de lire deux livres en même temps : un très bon et un plutôt fade. Le problème est que l'histoire principale alterne avec des chapitres en italique au style très différent. Il s'agit, si j'ai bien compris, de ce que le personnage principal écrit au cours d'un atelier d'écriture. Cette histoire enchâssée est écrite sur un mode pompeux, quasi biblique, et c'est assez énervant. C'est  bien dommage parce que les dialogues et les jeux sur le langage et notamment autour des adjectifs et des averbes sont intelligents et drôles, plutôt frais comparé à la lourdeur des autres chapitres. Bref, je suis mitigée.